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📈 Les performances passées ne préjugent pas des performances futures… mais alors, à quoi servent-elles ?

C’est probablement l’une des phrases les plus connues de la finance :

« Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. »

On la retrouve au bas des publicités, des documents commerciaux, des fiches de fonds, des ETF, des assurances-vie…

À force de la voir partout, on finit presque par ne plus la lire.

Pourtant, elle dit quelque chose de fondamental.

Et surtout, elle ne signifie PAS que les performances passées ne servent à rien.


⚖️ Pourquoi cette phrase est-elle obligatoire ?

Parce que la réglementation cherche à éviter qu’un investisseur fasse un raccourci dangereux :

« Ce fonds a fait +15 % par an pendant 5 ans, donc il fera probablement +15 % pendant les 5 prochaines années. »

Non.

Le règlement européen encadrant l’information fournie aux investisseurs impose notamment que lorsqu’une communication mentionne des performances passées :

👉 elles ne doivent pas constituer l’élément dominant du message ;

👉 la période de référence et la source doivent être clairement indiquées ;

👉 un avertissement visible doit préciser que ces performances concernent le passé et ne constituent pas un indicateur fiable des résultats futurs ;

👉 si la performance est exprimée dans une autre devise, l’effet potentiel des variations de change doit être indiqué ;

👉 et si elle est présentée avant certains frais, leur impact doit être précisé.

Pour un conseiller en investissements financiers, le règlement général de l’AMF reprend cette logique : les performances passées ne doivent pas être l’élément principal de l’information communiquée.

Ce n’est donc pas simplement une petite phrase juridique ajoutée pour se protéger.

C’est une véritable règle de prudence.


🔍 Alors pourquoi regarde-t-on quand même les performances passées ?

Parce qu’elles nous apprennent énormément de choses.

L’AMF explique elle-même que les performances passées peuvent notamment donner une idée de la manière dont un placement s’est comporté et du risque qu’il a présenté dans différentes situations de marché.

Prenons deux fonds.

Fonds A

+8 %
+9 %
+10 %
+8 %
+9 %

Fonds B

+30 %
−25 %
+35 %
−20 %
+28 %

Même si leur performance moyenne à long terme pouvait finir par se rapprocher, leur comportement n’a absolument rien à voir.

L’historique nous renseigne donc sur :

👉 la volatilité ;

👉 les pertes maximales ;

👉 la capacité à traverser une crise ;

👉 la régularité des résultats ;

👉 la sensibilité aux marchés ;

👉 le comportement du gérant ;

👉 et parfois la capacité du fonds à rebondir après une baisse.

Les performances passées sont donc un rétroviseur.

Et conduire sans rétroviseur serait absurde.

Mais conduire uniquement en regardant le rétroviseur le serait tout autant.


🚗 Le rétroviseur ne montre pas la route devant vous

Imaginez un fonds technologique qui réalise :

+20 % par an pendant 5 ans.

Pourquoi ?

Peut-être parce que :

✔️ les taux étaient très faibles ;

✔️ les valorisations augmentaient ;

✔️ les bénéfices progressaient fortement ;

✔️ les investisseurs se ruaient vers la technologie.

Puis l’environnement change.

Les taux montent.

Les valorisations deviennent très élevées.

Les bénéfices ralentissent.

Et soudain, le monde dans lequel les performances passées ont été réalisées n’existe plus.

C’est exactement pour cela que l’AMF rappelle qu’une performance passée ne permet pas de prévoir une performance future.


🏆 Le piège du « meilleur fonds des dernières années »

C’est probablement l’un des biais les plus fréquents chez les investisseurs.

On ouvre un classement.

On sélectionne :

Performance 1 an : n°1

ou

Performance 3 ans : n°1

et on achète.

Morningstar a justement étudié ce phénomène.

Dans une étude publiée en 2026 portant sur près de 11 500 fonds européens sur quinze ans, Morningstar a cherché à savoir si les meilleurs fonds d’une période continuaient à être les meilleurs ensuite. La conclusion générale est que la persistance des performances est faible, et qu’éviter les mauvais fonds persistants peut être plus pertinent que courir après les derniers gagnants.

Morningstar formule même une conclusion très intéressante :

Une excellente performance sur un an est un mauvais prédicteur d’une excellente performance l’année suivante.

Voilà pourquoi acheter systématiquement « ce qui a le plus monté » peut être une mauvaise stratégie.


💰 Un indicateur semble pourtant beaucoup plus persistant : les frais

Et c’est peut-être l’une des conclusions les plus intéressantes de Morningstar.

Sa recherche récente montre que si les performances sont difficiles à prévoir, les coûts, eux, sont connus à l’avance et persistent.

Dans leur étude, les fonds actions actifs appartenant aux 20 % les moins chers avaient une probabilité supérieure de rester parmi les meilleurs que les fonds appartenant aux 20 % les plus chers.

Autrement dit :

La performance future est inconnue.

Les frais futurs, eux, sont beaucoup plus prévisibles.

Cela ne veut pas dire que « moins cher est toujours meilleur ».

Cela signifie simplement que chaque euro de frais devra être compensé par de la valeur ajoutée.


🌍 BlackRock dit exactement la même chose

BlackRock, qui gère des milliers de milliards de dollars à travers le monde, inscrit très régulièrement dans sa documentation :

les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des résultats actuels ou futurs et ne doivent pas être le seul facteur utilisé pour sélectionner un produit ou une stratégie.

Le passage important n’est presque pas :

« les performances passées ne prédisent pas l’avenir ».

C’est plutôt :

« Elles ne doivent pas être le SEUL critère de décision. »

Et là, je suis totalement d’accord.


📊 Alors, que faut-il regarder en plus de la performance ?

Personnellement, lorsque j’analyse un placement, une performance seule ne me dit presque rien.

Un +10 % peut être excellent.

Ou médiocre.

Tout dépend de la manière dont ces 10 % ont été obtenus.

Je préfère regarder simultanément :

1️⃣ La durée de l’historique

Faire +15 % sur un an n’a rien à voir avec faire +8 % par an pendant vingt ans.

2️⃣ Le risque pris

Un fonds faisant 10 % avec une volatilité de 8 % ne raconte pas la même histoire qu’un fonds faisant 10 % avec une volatilité de 25 %.

3️⃣ Les pertes maximales

Que s’est-il passé pendant 2008 ?

Pendant le Covid ?

Pendant 2022 ?

4️⃣ Le temps nécessaire pour récupérer

Perdre 40 % nécessite ensuite environ +67 % pour revenir au point de départ.

C’est souvent beaucoup plus important pour l’investisseur que la performance moyenne affichée.

5️⃣ La régularité

La performance dépend-elle d’une seule année exceptionnelle ?

6️⃣ Le benchmark

Faire +12 % lorsque son marché fait +5 % est remarquable.

Faire +12 % lorsque son marché fait +25 % l’est beaucoup moins.

7️⃣ Les frais

Que reste-t-il réellement à l’investisseur ?

8️⃣ La stratégie

Pourquoi le fonds a-t-il gagné ?

Et surtout :

Les conditions qui lui ont permis de gagner existent-elles encore ?


🔮 Et les scénarios de performance futurs ?

Même là, prudence.

Les Documents d’Informations Clés présentent différents scénarios : défavorable, intermédiaire, favorable, parfois stress.

Mais l’AMF insiste sur un point :

ces simulations utilisent elles-mêmes le comportement passé du placement.

Elles ne constituent donc toujours pas une prévision certaine du futur.

La réglementation européenne précise d’ailleurs que les marchés pourraient évoluer très différemment à l’avenir.


🧠 Et il existe un énorme biais psychologique

Lorsque quelque chose monte depuis plusieurs années, notre cerveau finit par considérer cette progression comme « normale ».

Un indice fait :

+15 %
+20 %
+18 %
+25 %

Et progressivement l’investisseur se dit :

« Ce placement rapporte environ 20 % par an. »

Non.

Il a rapporté environ 20 % pendant cette période.

La nuance est énorme.

C’est particulièrement important après plusieurs années de marchés très haussiers.

Plus les performances récentes deviennent extraordinaires, plus il faut éviter de transformer l’exception récente en hypothèse permanente.


🎯 Alors faut-il ignorer les performances passées ?

Certainement pas.

Je dirais même exactement l’inverse :

Il faut les étudier beaucoup plus sérieusement.

Mais pas pour demander :

❌ « Combien ce fonds va-t-il rapporter demain ? »

Plutôt pour demander :

✅ Comment s’est-il comporté dans différents environnements ?

✅ Quel risque a-t-il fallu accepter ?

✅ Comment a-t-il traversé les crises ?

✅ Quelle valeur ajoutée son gérant a-t-il apportée ?

✅ A-t-il battu son indice de référence ?

✅ Avec quel niveau de risque ?

✅ Avec quels frais ?

✅ Et surtout : pourquoi a-t-il obtenu cette performance ?


📌 La performance passée est une information. Pas une promesse.

C’est probablement la phrase que je retiendrais.

Un historique de vingt ans mérite d’être étudié.

Un fonds ayant traversé plusieurs crises nous donne davantage d’informations qu’un fonds créé il y a deux ans.

Mais même vingt années d’excellentes performances ne peuvent garantir la vingt-et-unième.

Parce que les marchés changent.

Les taux changent.

Les entreprises changent.

Les valorisations changent.

Les gérants changent.

Et parfois, les règles du jeu elles-mêmes changent.


Finalement, investir ne consiste pas à choisir ce qui a le plus rapporté hier.

Cela consiste à déterminer quel placement paraît aujourd’hui le plus cohérent avec l’objectif, l’horizon, le risque acceptable et la situation de l’investisseur.

Les performances passées font

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