Comment organiser son patrimoine ? Avoir des placements ne signifie pas avoir une stratégie
On peut posséder une résidence principale, deux assurances-vie, un PEA, quelques SCPI, un PER et de l’épargne sur ses livrets…
et pourtant ne pas avoir de véritable stratégie patrimoniale.
C’est une situation que je rencontre régulièrement.
Au fil des années, nous accumulons des placements. Certains ont été ouverts à la suite d’un conseil, d’autres pour profiter d’une opportunité, réduire ses impôts, préparer sa retraite ou simplement parce que l’on disposait d’un peu d’argent à investir.
Pris séparément, chacun de ces choix peut parfaitement avoir du sens.
Mais une question est beaucoup plus rarement posée :
comment toutes ces pièces fonctionnent-elles ensemble ?
C’est précisément là que commence l’organisation du patrimoine.
1. Avant de parler de placements, parlons de projets de vie
Lors d’un premier rendez-vous, je préfère généralement commencer par la personne plutôt que par ses produits financiers.
Pourquoi ?
Parce qu’une assurance-vie, un PER, un PEA, une SCPI ou un investissement immobilier ne sont que des outils.
Avant de choisir les outils, encore faut-il savoir ce que l’on souhaite construire.
Les premières questions sont donc beaucoup plus simples :
Que souhaitez-vous faire dans 5 ans ? Dans 10 ans ? Dans 20 ans ?
Acheter votre résidence principale ?
Financer les études de vos enfants ?
Changer de métier ?
Réduire votre temps de travail ?
Préparer votre retraite ?
Obtenir des revenus complémentaires ?
Protéger votre conjoint ?
Transmettre progressivement à vos enfants ?
Ce sont les réponses à ces questions qui doivent progressivement dessiner l’organisation patrimoniale.
2. Donner une fonction à chaque partie du patrimoine
J’aime comparer un patrimoine à une équipe.
Chaque élément doit avoir une mission.
La sécurité
Avant d’investir à long terme, il faut généralement conserver une épargne suffisamment disponible pour absorber les imprévus et les dépenses à court terme.
Les livrets réglementés peuvent notamment remplir cette fonction.
Cette poche n’a pas nécessairement vocation à rechercher la meilleure performance.
Sa première fonction est d’être disponible lorsque vous en avez besoin.
Les projets
Un capital destiné à financer un projet dans trois ans ne devrait pas nécessairement être investi comme un capital dont vous n’aurez pas besoin pendant vingt ans.
Plus l’échéance se rapproche, plus la disponibilité du capital et la maîtrise du risque prennent de l’importance.
C’est pourquoi l’horizon d’investissement constitue l’une des premières informations à connaître avant de choisir un placement.
Le développement du patrimoine
Une fois les besoins de court terme couverts, une autre partie du patrimoine peut avoir pour objectif de rechercher de la croissance à moyen et long terme.
PEA, assurance-vie, compte-titres, immobilier, SCPI et de nombreuses autres solutions peuvent alors être étudiés.
Mais le choix dépendra toujours de l’horizon, du niveau de risque accepté, de la fiscalité, du patrimoine déjà détenu et des objectifs poursuivis.
La retraite
Préparer sa retraite ne consiste pas nécessairement à ouvrir un PER.
La vraie question est d’abord :
de combien aurez-vous besoin chaque mois lorsque vous arrêterez de travailler ?
Puis :
quels revenus aurez-vous à ce moment-là ?
La différence entre les deux permet d’estimer l’effort patrimonial à fournir.
Le PER peut ensuite éventuellement faire partie des outils étudiés, mais il intervient après cette réflexion, pas avant.
La protection de la famille
C’est parfois le grand oublié de l’organisation patrimoniale.
Que se passe-t-il demain si l’un des conjoints disparaît ?
Le survivant pourra-t-il conserver son niveau de vie ?
Que deviennent les crédits ?
Comment sont rédigées les clauses bénéficiaires des contrats d’assurance-vie ?
Le régime matrimonial est-il toujours adapté ?
La protection patrimoniale ne consiste donc pas seulement à chercher du rendement.
Elle consiste également à se demander :
« Que se passe-t-il si la vie ne se déroule pas comme prévu ? »
3. Être diversifié ne suffit pas
Prenons un exemple fictif.
Marc et Sophie ont 52 et 50 ans.
Ils possèdent :
- leur résidence principale ;
- deux appartements locatifs ;
- 50 000 € sur des livrets ;
- 180 000 € répartis sur trois assurances-vie ;
- un PEA ;
- un PER.
À première vue, leur patrimoine semble particulièrement diversifié.
Mais lorsqu’on regarde plus précisément, on découvre que l’immobilier représente près des trois quarts de leur patrimoine.
Les trois assurances-vie sont investies de manière assez similaire.
Ils souhaitent arrêter de travailler autour de 62 ans mais n’ont jamais estimé leurs futurs revenus à la retraite.
Ils ont deux enfants mais n’ont jamais réellement travaillé leur stratégie de transmission.
Et aucune réflexion particulière n’a été menée sur la protection du conjoint survivant.
Ont-ils besoin d’un placement supplémentaire ?
Pas nécessairement.
Ils ont peut-être d’abord besoin d’organiser ce qu’ils possèdent déjà.
4. Un patrimoine doit évoluer avec votre vie
Une stratégie patrimoniale n’est jamais définitive.
À 30 ans, les priorités peuvent être :
acheter – investir – construire.
À 45 ans :
développer – diversifier – protéger.
À 60 ans :
préparer les revenus de demain – sécuriser – transmettre.
Et plus tard :
organiser la transmission – conserver suffisamment de revenus – anticiper une éventuelle dépendance.
Entre-temps, beaucoup de choses peuvent arriver.
Mariage.
PACS.
Naissance.
Divorce.
Héritage.
Création ou vente d’une entreprise.
Changement professionnel.
Départ des enfants.
Retraite.
Pourtant, certains contrats ouverts vingt ans auparavant restent parfois exactement organisés de la même façon.
C’est pourquoi un patrimoine doit être régulièrement réinterrogé.
5. Le rendement n’est qu’une partie du problème
Lorsque l’on parle de patrimoine, la conversation revient très rapidement sur la performance :
« Combien cela rapporte ? »
La question est évidemment légitime.
Mais elle ne suffit pas.
Un placement offrant une espérance de rendement élevée peut être totalement inadapté si le capital doit être utilisé dans deux ans.
Un placement fiscalement intéressant peut être mauvais si son risque ou sa durée d’immobilisation ne correspondent pas au projet.
Un investissement immobilier peut sembler rassurant tout en augmentant excessivement une exposition à l’immobilier déjà importante.
La bonne question devient donc :
« Quel niveau de rendement puis-je rechercher compte tenu de mon objectif, de mon horizon et du risque que je suis réellement capable d’accepter ? »
6. Organiser son patrimoine, c’est aussi préparer ce que l’on ne maîtrise pas
Nous préparons volontiers les événements heureux.
Une maison.
Un voyage.
La retraite.
Les études des enfants.
Nous pensons beaucoup moins spontanément aux accidents de la vie.
Décès.
Invalidité.
Perte de revenus.
Dépendance.
Pourtant, une véritable organisation patrimoniale doit également intégrer ces scénarios.
Le patrimoine n’a pas uniquement pour fonction de nous enrichir.
Il doit aussi contribuer à nous protéger.
7. Alors, par où commencer ?
Je proposerais un exercice très simple.
Prenez une feuille et faites cinq colonnes :
SÉCURITÉ | PROJETS | DÉVELOPPEMENT | RETRAITE | TRANSMISSION
Puis essayez de placer chaque élément de votre patrimoine dans l’une de ces catégories.
Posez-vous ensuite trois questions :
Pourquoi est-ce que je possède ce placement ?
Quel objectif doit-il financer ?
Est-il encore adapté à cet objectif aujourd’hui ?
Si vous ne parvenez plus à répondre à la première question pour certains placements, cela mérite probablement réflexion.
Le patrimoine est un moyen, pas une finalité
C’est finalement ma conception de la gestion de patrimoine.
Le sujet n’est pas d’accumuler le maximum de produits financiers.
Il n’est pas non plus de rechercher systématiquement le placement qui affiche la meilleure performance du moment.
Il consiste à construire progressivement une organisation cohérente entre :
votre vie d’aujourd’hui, vos projets de demain et ce que vous souhaitez transmettre après vous.
On peut posséder 100 000 €, 500 000 € ou plusieurs millions d’euros et avoir un patrimoine mal organisé.
À l’inverse, un patrimoine beaucoup plus modeste peut être parfaitement structuré autour des objectifs de son propriétaire.
La question essentielle n’est donc peut-être pas :
« Combien vaut mon patrimoine ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que mon patrimoine est réellement organisé pour faire ce que j’attends de lui ? »
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Article à vocation pédagogique et générale. Chaque situation patrimoniale, fiscale et familiale étant différente, les solutions évoquées doivent être étudiées en fonction de la situation et des objectifs de chacun.