J’ai plusieurs placements : ai-je vraiment une stratégie patrimoniale ?
« Je pense être plutôt bien diversifié. »
Lors d’un premier rendez-vous, c’est une phrase que j’entends régulièrement.
Et souvent, effectivement, la personne possède déjà beaucoup de choses.
Un Livret A.
Un LDDS.
Deux assurances-vie.
Un PEA.
Un PER.
Quelques SCPI.
Un appartement locatif.
Parfois un compte-titres.
Sur le papier, cela ressemble à un patrimoine parfaitement diversifié.
Mais je pose alors une question très simple :
« Pouvez-vous me dire à quoi doit servir chacun de vos placements ? »
Et là…
la réponse est parfois beaucoup moins évidente.
Car avoir plusieurs placements ne signifie pas forcément avoir une stratégie patrimoniale.
Prenons un exemple
Marc a 48 ans.
Il gagne confortablement sa vie, possède sa résidence principale et a épargné régulièrement depuis une vingtaine d’années.
Au fil du temps, il a constitué :
- 35 000 € sur ses livrets ;
- 120 000 € sur deux assurances-vie ;
- 80 000 € sur un PEA ;
- 45 000 € sur un PER ;
- 60 000 € de SCPI ;
- un appartement locatif ;
- sa résidence principale.
Marc a donc déjà construit un patrimoine important.
Il n’est certainement pas parti de zéro.
Au contraire.
Mais quand je lui demande :
« Quel est votre objectif ? »
Il me répond :
« Faire fructifier mon argent. »
C’est une réponse.
Mais ce n’est pas encore une stratégie.
Je lui pose alors une deuxième question
« Pourquoi avez-vous deux assurances-vie ? »
Il réfléchit.
La première a été ouverte il y a quinze ans avec sa banque.
La seconde lui a été conseillée quelques années plus tard.
« Et votre PER ? »
Pour payer moins d’impôts.
« Votre PEA ? »
Pour investir en Bourse.
« Les SCPI ? »
Pour avoir de l’immobilier.
« Et les 35 000 € sur les livrets ? »
Pour être tranquille.
Individuellement, aucune de ces réponses n’est absurde.
Le problème est ailleurs.
Personne n’a encore regardé comment toutes ces pièces fonctionnent ensemble.
Un patrimoine peut être diversifié en apparence… et concentré en réalité
C’est l’une des premières choses que je regarde.
Marc possède :
de l’immobilier directement,
des SCPI,
des actions dans son PEA,
des unités de compte dans ses assurances-vie,
un PER.
Cela semble très diversifié.
Mais regardons sous le capot.
Que contiennent réellement ses assurances-vie ?
Quels fonds possède-t-il dans son PER ?
Quelles entreprises sont présentes dans son PEA ?
Ses fonds investissent-ils parfois dans les mêmes grandes sociétés ?
Quelle part de son patrimoine global dépend finalement de l’immobilier ?
Quelle part est réellement disponible rapidement ?
La diversification ne consiste pas à compter le nombre de contrats.
Elle consiste à regarder ce qu’il y a réellement à l’intérieur.
Posséder cinq enveloppes différentes investies dans des actifs très similaires ne constitue pas nécessairement une véritable diversification.
Ensuite, je lui demande ce qu’il veut faire de sa vie
Et là, la conversation change complètement.
Marc m’explique qu’il aimerait :
aider ses deux enfants dans quelques années,
changer de voiture,
réduire son activité professionnelle à partir de 58 ans,
puis arrêter définitivement autour de 63 ans.
Voilà.
Nous avons enfin les informations qui m’intéressent réellement.
Pas seulement ses placements.
Ses projets.
À chaque projet son horizon
Les 20 000 € dont Marc aura peut-être besoin dans trois ans pour aider un enfant n’ont aucune raison d’être investis exactement comme l’argent destiné à sa retraite dans quinze ans.
On commence donc à organiser son patrimoine par horizon.
Court terme
Imprévus et projets proches.
L’objectif principal est généralement la disponibilité.
Moyen terme
Projets prévisibles dans quelques années.
Il faut trouver un équilibre entre recherche de rendement, disponibilité et niveau de risque.
Long terme
Retraite, développement du patrimoine, transmission.
Un horizon beaucoup plus long peut permettre d’envisager d’autres classes d’actifs et d’accepter davantage de fluctuations, selon le profil de l’investisseur.
Tout à coup, nous ne regardons plus :
Livret A / assurance-vie / PEA / PER / SCPI.
Nous regardons :
AUJOURD’HUI / DANS 5 ANS / DANS 10 ANS / À LA RETRAITE / À LA TRANSMISSION.
Et ce changement de perspective est fondamental.
Puis vient la question du risque
Marc me dit :
« Je suis prêt à prendre du risque. »
Très bien.
Mais qu’est-ce que cela signifie ?
Être capable d’accepter une baisse temporaire de 5 % ?
10 % ?
20 % ?
30 % ?
Et surtout :
comment réagirait-il réellement si 80 000 € investis devenaient temporairement 60 000 € ?
Le risque accepté dans un questionnaire n’est pas toujours le risque supporté émotionnellement lorsque les marchés chutent.
La stratégie doit donc être compatible avec deux choses :
la capacité financière à subir une perte
et
la capacité psychologique à la supporter.
Et la fiscalité ?
Elle compte évidemment.
Mais elle arrive après.
C’est particulièrement visible avec le PER.
Marc l’avait ouvert essentiellement pour réduire son impôt sur le revenu.
Mais un avantage fiscal ne suffit jamais à définir une stratégie.
Il faut également regarder :
son taux marginal d’imposition aujourd’hui,
celui qu’il pourrait avoir à la retraite,
son horizon,
son besoin de disponibilité,
les règles de sortie,
ses autres sources de revenus futurs.
Le bon raisonnement n’est donc pas :
« Le PER permet une économie d’impôt, donc je verse sur un PER. »
Mais :
« Le PER est-il cohérent avec ma situation actuelle et mes objectifs futurs ? »
Même logique pour l’assurance-vie, le PEA, les SCPI ou l’immobilier locatif.
Nous n’allons peut-être rien ajouter
Et c’est parfois la conclusion la plus surprenante d’un bilan patrimonial.
Marc possède déjà beaucoup de solutions.
Il n’a peut-être absolument pas besoin d’un nouveau placement.
Il faut peut-être simplement :
réorganiser certains investissements,
réduire quelques doublons,
adapter le niveau de risque,
conserver davantage de liquidités pour certains projets,
préparer progressivement les revenus futurs,
revoir les clauses bénéficiaires de ses assurances-vie,
et commencer à réfléchir à la transmission.
Autrement dit :
avant d’ajouter une nouvelle pièce au puzzle, commençons par regarder le puzzle.
C’est aussi ma conception du métier de conseiller
Je ne considère pas qu’un premier rendez-vous patrimonial doit commencer par :
« Combien voulez-vous investir ? »
Il doit commencer par :
« Qu’est-ce que vous voulez faire ? »
Ensuite seulement nous regardons :
ce que vous possédez,
comment c’est investi,
combien cela coûte,
quel risque vous prenez,
quelle fiscalité s’applique,
ce qui est disponible,
ce qui ne l’est pas,
et si l’ensemble correspond réellement à vos projets.
Puis viennent éventuellement les solutions.
Dans cet ordre.
Faites un test avec votre propre patrimoine
Prenez une feuille.
Écrivez chacun de vos placements :
Livret A – Assurance-vie – PEA – PER – SCPI – immobilier – compte-titres…
Et en face de chacun, écrivez simplement :
« À quoi doit servir cet argent ? »
Si vous savez répondre précisément à chaque ligne, votre patrimoine commence probablement à avoir une véritable organisation.
Si vous écrivez plusieurs fois :
« Je ne sais pas vraiment »
ou
« Parce qu’on me l’avait conseillé »,
ce n’est pas forcément que vos placements sont mauvais.
C’est peut-être simplement qu’il manque encore le fil conducteur qui les relie.
Car une stratégie patrimoniale n’est pas une collection de produits.
C’est une organisation dans laquelle chaque élément doit avoir une fonction.
Et finalement, la question la plus importante n’est peut-être pas :
« Est-ce que j’ai suffisamment de placements différents ? »
Mais :
« Est-ce que je sais précisément pourquoi je possède chacun d’entre eux ? »
C’est souvent par cette question que commence une véritable stratégie patrimoniale.
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Cas fictif à vocation pédagogique. Les choix d’investissement dépendent notamment de la situation personnelle et patrimoniale, des objectifs, de l’horizon de placement, du besoin de liquidité et du profil de risque. Les investissements peuvent présenter un risque de perte en capital.