Le risque que l’on voit… et celui que l’on ne voit pas
Imaginez maintenant deux placements.
Le premier passe temporairement :
50 000 € → 47 000 €.
La perte apparaît immédiatement sur votre relevé.
Elle fait mal.
Vous la voyez.
Le second reste à :
50 000 €.
Psychologiquement, c’est beaucoup plus rassurant.
Mais si les prix ont augmenté pendant ce temps, votre capital a perdu du pouvoir d’achat.
Le premier risque est visible.
Le second est silencieux.
L’AMF rappelle d’ailleurs qu’un rendement réel tient compte de l’inflation : lorsqu’il est négatif, l’épargne perd du pouvoir d’achat.
Cela ne signifie évidemment pas que le premier placement est meilleur que le second.
Cela signifie simplement qu’il faut considérer toutes les formes de risque.
Attention : l’épargne sécurisée est indispensable
Il ne faudrait surtout pas tirer de cet article la conclusion :
« Il faut investir tout son argent. »
Ce serait exactement l’inverse de mon propos.
Une partie du patrimoine doit généralement rester :
disponible,
liquide,
et sécurisée.
Pourquoi ?
Pour une panne de voiture.
Une chaudière à remplacer.
Des travaux imprévus.
Une baisse temporaire de revenus.
Ou simplement pour dormir tranquillement.
L’AMF recommande d’ailleurs de commencer par constituer une épargne de précaution disponible avant d’envisager les investissements à moyen et long terme.
L’argent de sécurité n’a pas pour mission de battre les marchés.
Sa mission est d’être là lorsque vous en avez besoin.
Le vrai problème commence lorsque TOUT le patrimoine est géré comme une épargne de précaution
Prenons maintenant Philippe, 52 ans.
Il possède :
90 000 € d’épargne financière.
Sur ces 90 000 € :
90 000 € sont placés sur des supports sécurisés et disponibles.
Philippe n’a pas de projet immobilier.
Sa résidence principale est financée.
Ses revenus sont réguliers.
Il dispose déjà d’une bonne capacité d’épargne.
Et une partie importante de cet argent ne devrait probablement pas lui servir avant 15 ou 20 ans.
La question devient alors :
Les 90 000 € doivent-ils tous remplir la même fonction ?
Probablement pas nécessairement.
On pourrait commencer par découper son patrimoine selon ses projets.
L’argent dont j’ai besoin demain
Premier compartiment :
SÉCURITÉ
C’est l’argent destiné aux imprévus et aux dépenses proches.
Sa priorité :
disponibilité + sécurité.
Le rendement arrive après.
L’argent dont j’aurai besoin dans quelques années
Deuxième compartiment :
PROJETS
Travaux.
Études des enfants.
Changement de voiture.
Apport immobilier.
Voyage important.
Ici, l’horizon devient déterminant.
L’AMF distingue généralement :
court terme : moins de 3 ans
moyen terme : 3 à 10 ans
long terme : plus de 10 ans.
Pour un projet nécessitant absolument 30 000 € dans deux ans, prendre le risque de se retrouver avec 24 000 € au mauvais moment peut être totalement incohérent.
La sécurité redevient prioritaire.
Et l’argent dont je n’aurai probablement pas besoin pendant 15 ou 20 ans ?
C’est là que la réflexion change.
Cet argent peut avoir pour objectif :
la retraite,
la constitution d’un patrimoine,
des revenus futurs,
la transmission,
ou simplement la valorisation du capital à long terme.
Avec un horizon aussi éloigné, conserver 100 % de cet argent sur des placements très prudents présente également un risque :
ne pas obtenir suffisamment de rendement pour compenser durablement l’inflation.
L’AMF indique justement qu’une épargne liquide et garantie peut, sur une longue période, perdre de sa valeur réelle à cause de l’inflation.
Alors faut-il prendre davantage de risque ?
Pas nécessairement.
Ou plutôt :
pas n’importe lequel, pas avec n’importe quelle somme et pas pour n’importe quelle durée.
C’est toute la différence.
Un investisseur de 35 ans disposant d’un horizon de 25 ans n’est pas dans la même situation qu’une personne de 70 ans ayant besoin de revenus complémentaires immédiatement.
Et deux personnes du même âge peuvent également avoir des profils totalement différents.
L’une acceptera sereinement de voir son investissement baisser temporairement de 20 %.
L’autre paniquera dès -5 %.
La capacité à prendre du risque dépend donc :
du temps,
du patrimoine,
des revenus,
des projets,
du besoin de liquidité,
et évidemment de la capacité psychologique à supporter les fluctuations.
Le temps change beaucoup de choses
C’est l’un des principes les plus importants en investissement.
L’AMF indique qu’un placement en actions reste risqué à cinq ans et que ce risque est moindre sur quinze ans. Elle recommande un horizon d’au moins dix ans pour ce type d’investissement diversifié.
Historiquement, l’AMF relève également qu’un placement diversifié en actions détenu pendant 15 à 20 ans a procuré en moyenne de l’ordre de 5 à 7 % par an, avec évidemment des périodes très différentes selon les dates d’entrée et de sortie.
Mais attention :
Ce chiffre est historique.
Ce n’est absolument pas une promesse de rendement futur.
Un investissement en actions reste soumis à des fluctuations et à un risque de perte en capital.
Le temps réduit historiquement certains risques, il ne les fait pas disparaître.
Regardons simplement l’effet du rendement
Prenons encore nos 50 000 €.
Conservons-les pendant 20 ans.
Avec différentes hypothèses théoriques de rendement annuel constant :
0 % → 50 000 €
2 % → environ 74 300 €
4 % → environ 109 600 €
6 % → environ 160 400 €
L’écart entre 2 % et 6 % ?
Environ 86 000 €.
Évidemment, ces chiffres sont purement mathématiques.
Ils ne tiennent pas compte de la fiscalité, des frais, de l’inflation ni des fluctuations réelles des marchés.
Et surtout :
6 % de rendement potentiel implique généralement davantage de risque que 2 %.
Il n’existe pas de rendement supplémentaire gratuit.
C’est pourquoi je n’aime pas opposer « prudent » et « dynamique »
Je préfère une autre question :
Quel risque pour quel argent ?
10 000 € destinés aux imprévus ?
Sécurité.
30 000 € nécessaires pour acheter une maison dans deux ans ?
Probablement encore beaucoup de sécurité.
50 000 € destinés à une retraite dans vingt ans ?
La réflexion devient complètement différente.
C’est précisément pour cela qu’une bonne stratégie patrimoniale ne devrait pas donner un seul niveau de risque à tout votre argent.
Votre patrimoine peut avoir plusieurs étages
Je le représenterais simplement comme ceci :
ÉTAGE 1 — SÉCURITÉ
Imprévus et besoins immédiats.
ÉTAGE 2 — PROJETS
Argent destiné aux prochaines années.
ÉTAGE 3 — LONG TERME
Retraite, développement du patrimoine, transmission.
Et à chaque étage :
un horizon différent,
un besoin de disponibilité différent,
et donc potentiellement un niveau de risque différent.
C’est exactement la logique de diversification défendue par l’AMF : le choix des placements doit être organisé objectif par objectif, avec pour chacun son horizon, son besoin de sécurité et sa disponibilité.
Faites ce petit exercice
Prenez votre épargne financière totale.
Puis répartissez-la dans trois colonnes :
J’EN AI BESOIN DANS MOINS DE 3 ANS
________ €
J’EN AURAI PEUT-ÊTRE BESOIN DANS 3 À 10 ANS
________ €
JE N’EN AI PROBABLEMENT PAS BESOIN AVANT PLUS DE 10 ANS
________ €
Et maintenant regardez comment chaque somme est investie.
C’est là que la question devient intéressante.
Car peut-être découvrirez-vous que de l’argent dont vous aurez besoin dans deux ans prend beaucoup trop de risque.
Mais vous découvrirez peut-être aussi l’inverse :
de l’argent destiné à vos projets dans vingt ans est encore investi exactement comme votre épargne de précaution.
Être prudent ne signifie donc pas supprimer tous les risques
Cela signifie :
choisir les risques que l’on accepte en fonction de ses objectifs.
Car il existe plusieurs risques patrimoniaux :
le risque de perte en capital,
le risque de volatilité,
le risque de liquidité,
mais aussi le risque d’inflation,
et le risque de ne pas atteindre ses objectifs faute de rendement suffisant.
C’est pourquoi la bonne question n’est peut-être pas :
« Comment ne prendre aucun risque ? »
Mais plutôt :
« Quels risques puis-je accepter pour avoir une chance raisonnable d’atteindre mes objectifs ? »
Et surtout :
avec quelle partie de mon patrimoine ?
À propos de l’auteur
Grégoire Brunet – Conseiller en Investissements Financiers
J’accompagne particuliers et familles dans l’organisation de leur patrimoine, leurs investissements, la préparation de leur retraite et leur transmission.
Basé dans les Yvelines (78), j’accompagne également des clients dans l’Eure (27), notamment autour de Vernon, ainsi que partout en France grâce à la visioconférence.
Article à vocation pédagogique. Les exemples de rendement sont des simulations mathématiques et non des prévisions. Les placements en unités de compte et sur les marchés financiers peuvent entraîner une perte en capital. Toute allocation doit notamment tenir compte de la situation de l’investisseur, de ses objectifs, de son horizon, de ses connaissances et de sa capacité à subir des pertes.