On vous a conseillé de créer une holding ? Commencez par vous demander pourquoi
« Vous devriez créer une holding. »
C’est devenu une phrase presque banale.
Vous êtes chef d’entreprise ?
Holding.
Vous voulez investir ?
Holding.
Vous avez beaucoup de trésorerie ?
Holding.
Vous allez vendre votre entreprise ?
Holding.
Vous souhaitez préparer votre transmission ?
Holding.
À écouter certains discours, la holding serait presque devenue le couteau suisse du patrimoine.
Et surtout un formidable moyen de « ne plus payer d’impôts ».
La réalité est évidemment beaucoup plus nuancée.
Une holding n’est pas un placement.
C’est une société qui détient notamment des participations dans d’autres sociétés et qui peut devenir un véritable outil d’organisation professionnelle et patrimoniale.
Mais encore faut-il avoir une bonne raison de la créer.
Cas n°1 — Thomas, 35 ans : 100 000 € à investir
Thomas est salarié.
Il possède sa résidence principale et dispose de 100 000 € d’épargne personnelle qu’il souhaite investir à long terme.
Un ami lui dit :
« Crée une holding. Tu paieras moins d’impôts. »
Ma première question serait simplement :
Pourquoi ?
Thomas ne possède pas d’entreprise.
Il n’a pas de dividendes professionnels à faire remonter.
Il ne prépare pas une cession de société.
Il va devoir créer une structure, tenir une comptabilité, effectuer des déclarations, éventuellement rémunérer un expert-comptable et gérer juridiquement une société supplémentaire.
Et surtout, l’argent qu’il place dans cette société ne doit pas être confondu avec son argent personnel.
Pour Thomas, il faut donc comparer sérieusement cette solution avec les enveloppes patrimoniales accessibles directement à une personne physique.
Créer une société uniquement parce que le mot “holding” paraît fiscalement intéressant n’est pas une stratégie.
Cas n°2 — Sophie, 48 ans : dirigeante d’entreprise
La situation de Sophie est très différente.
Elle détient une société opérationnelle rentable.
Son entreprise génère régulièrement des bénéfices et elle n’a pas besoin de consommer personnellement la totalité des sommes susceptibles d’être distribuées.
Elle souhaite :
développer une autre activité,
racheter éventuellement une société,
investir sur le long terme,
et commencer à organiser son patrimoine professionnel.
Cette fois, la réflexion sur une holding devient beaucoup plus pertinente.
Pourquoi ?
Parce qu’une holding peut permettre d’organiser les participations et certains flux entre sociétés.
Le fameux régime mère-fille
C’est souvent ici que l’on entend :
« Les dividendes remontent presque sans fiscalité. »
Il faut être plus précis.
Sous réserve de respecter les conditions du régime des sociétés mères prévu notamment aux articles 145 et 216 du Code général des impôts, les produits de participation éligibles reçus d’une filiale peuvent être retranchés du résultat imposable de la société mère.
Mais une quote-part de frais et charges de 5 % est en principe réintégrée.
Autrement dit, il ne faut pas dire :
« Les dividendes ne sont pas imposés. »
Il vaut mieux dire :
« Le régime mère-fille peut fortement limiter la double imposition des bénéfices lorsqu’ils remontent de la filiale vers la holding, sous réserve d’en respecter les conditions. »
C’est beaucoup plus juste.
Et cela peut permettre à Sophie de conserver davantage de capitaux dans la sphère professionnelle pour les réinvestir.
Mais attention à un point essentiel.
L’argent de la holding n’est pas votre compte bancaire personnel
C’est probablement l’une des confusions les plus fréquentes.
Imaginons que 100 000 € remontent de la société opérationnelle vers la holding.
Ces 100 000 € ne deviennent pas automatiquement :
100 000 € disponibles personnellement pour Sophie.
Ils appartiennent à la holding.
Si Sophie veut ensuite récupérer personnellement de l’argent, il faut étudier la manière dont cette somme sortira :
rémunération,
dividendes,
remboursement de compte courant lorsqu’il existe,
ou autre mécanisme juridiquement approprié.
Et chaque solution possède ses propres conséquences fiscales et sociales.
La holding ne fait donc pas disparaître la fiscalité personnelle.
Elle peut notamment permettre de différer certains flux personnels et de conserver du capital dans une structure pour le réinvestir.
C’est très différent.
Cas n°3 — Philippe vend son entreprise
Philippe a 58 ans.
Il a créé son entreprise il y a vingt-cinq ans.
Aujourd’hui, un groupe lui propose de la racheter.
Valeur envisagée :
2 millions d’euros.
Philippe souhaite vendre.
Mais il ne souhaite pas consommer immédiatement les 2 millions.
Il aimerait en réinvestir une grande partie dans de nouvelles entreprises et préparer progressivement sa transmission.
Cette fois, une autre mécanique peut entrer dans la réflexion :
l’apport-cession.
Schématiquement, Philippe peut, lorsque toutes les conditions sont réunies, apporter préalablement ses titres à une société qu’il contrôle.
La plus-value d’apport peut alors relever du report d’imposition prévu par l’article 150-0 B ter du CGI.
La holding peut ensuite céder les titres.
Mais attention :
ce mécanisme n’est pas une exonération magique de la plus-value.
Il s’agit d’un report d’imposition, soumis à des règles précises.
Et les règles ont changé en 2026
C’est important car de nombreux articles sur Internet présentent encore les anciennes règles.
La loi de finances pour 2026 a modifié le dispositif pour les cessions concernées réalisées à compter du 21 février 2026.
Lorsque la holding cède les titres apportés dans les trois ans suivant l’apport et souhaite maintenir le report grâce au remploi, les nouvelles règles prévoient notamment :
70 % minimum du produit de cession à réinvestir
contre 60 % auparavant,
et
3 ans pour réaliser le remploi
contre 2 ans auparavant.
Le champ des investissements éligibles a également été resserré et certaines durées de conservation ont été allongées.
C’est donc un mécanisme puissant, mais également très encadré.
Et certainement pas quelque chose que l’on improvise quelques jours avant de signer la vente de son entreprise.
Une holding peut-elle investir ?
Oui.
Mais là encore, la question est trop générale.
Il faut demander :
Dans quoi ?
Participations dans d’autres entreprises ?
Immobilier ?
Placements financiers ?
Private equity ?
Fonds ?
Nouvelle activité opérationnelle ?
Et surtout :
Avec quel objectif ?
Faire travailler une trésorerie excédentaire ?
Financer une acquisition ?
Diversifier le patrimoine professionnel ?
Préparer une transmission ?
Réinvestir après une cession ?
Parce que les conséquences juridiques et fiscales ne sont pas nécessairement identiques.
Et, dans le cadre particulier de l’apport-cession, tous les investissements ne sont pas éligibles au remploi permettant de maintenir le report d’imposition.
Et la transmission ?
C’est également l’une des raisons pour lesquelles une holding peut devenir intéressante.
Au lieu d’avoir :
une société,
un autre investissement,
plusieurs participations,
et différents actifs détenus séparément,
une partie de ces participations peut être structurée au travers d’une société holding.
Cela peut faciliter certaines stratégies de transmission des titres.
Selon les situations, d’autres dispositifs peuvent également entrer dans la réflexion, notamment le pacte Dutreil pour la transmission d’entreprises lorsque l’ensemble de ses conditions sont respectées.
Mais, encore une fois :
on ne crée pas une holding pour « faire du Dutreil ».
On commence par analyser l’entreprise, la famille, les objectifs du dirigeant et ce qu’il souhaite réellement transmettre.
Une holding a aussi des inconvénients
C’est la partie parfois oubliée.
Une holding, c’est aussi :
une société supplémentaire,
des statuts,
une comptabilité,
des comptes annuels,
des déclarations fiscales,
des frais,
des obligations juridiques,
et potentiellement davantage de complexité.
Il faut donc comparer :
LE GAIN ATTENDU
avec
LE COÛT + LA COMPLEXITÉ + LES CONTRAINTES.
Une structure sophistiquée n’est pas nécessairement une meilleure structure patrimoniale.
Le test des 7 questions
Avant de créer une holding, je poserais au minimum ces questions :
1. Pourquoi voulez-vous une holding ?
2. Que va-t-elle détenir ?
3. Quels flux financiers vont entrer dedans ?
4. Que comptez-vous faire de cet argent ?
5. Aurez-vous besoin de le récupérer personnellement ?
6. Combien coûtera la structure chaque année ?
7. Quel est le bénéfice réel par rapport à une détention directe ?
Si la seule réponse à la première question est :
« Pour payer moins d’impôts »,
je continuerais probablement à poser des questions.
La holding est un outil, pas une stratégie
C’est finalement le message que je voudrais faire passer.
Une holding peut être extrêmement pertinente pour certains entrepreneurs.
Elle peut permettre d’organiser un groupe de sociétés.
De faciliter certains investissements.
De réinvestir des capitaux.
De préparer une acquisition.
D’accompagner une cession d’entreprise.
De participer à une stratégie de transmission.
Mais elle peut également être :
inutile, coûteuse et beaucoup trop complexe pour quelqu’un qui n’en a pas réellement besoin.
Comme souvent en gestion de patrimoine, la première question ne devrait donc pas être :
« Quelle holding dois-je créer ? »
Mais :
« Quel problème est-ce que j’essaie de résoudre ? »
Si la holding constitue ensuite la meilleure réponse, alors nous pouvons commencer à parler de sa structure.
Mais dans cet ordre.
À propos de l’auteur
Grégoire Brunet – Conseiller en Investissements Financiers
J’accompagne particuliers, dirigeants et familles dans l’organisation de leur patrimoine, leurs investissements, la préparation de leur retraite et leurs problématiques de transmission.
Basé dans les Yvelines (78), j’accompagne également des clients dans l’Eure (27), notamment autour de Vernon, ainsi que partout en France grâce à la visioconférence.
Article à vocation pédagogique. Une holding soulève des problématiques juridiques, fiscales, comptables et patrimoniales qui doivent être étudiées en fonction de chaque situation avec les professionnels compétents, notamment expert-comptable, avocat et/ou notaire.