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Peut-on vivre de ses placements ? Combien faut-il réellement de capital ?

« Combien faut-il avoir de côté pour vivre de ses placements ? »

500 000 € ?

1 million ?

2 millions ?

C’est une question qui revient régulièrement.

Et on trouve parfois sur Internet un calcul extrêmement simple :

500 000 € placés à 6 % = 30 000 € par an.

Donc :

2 500 € par mois.

Sur le papier, c’est exact.

Dans la vraie vie patrimoniale…

c’est beaucoup plus compliqué.

Parce qu’il manque quelques éléments dans l’équation :

le risque,

les frais,

la fiscalité,

l’inflation,

les années de baisse,

la durée pendant laquelle vous aurez besoin de ces revenus,

et une question fondamentale :

voulez-vous conserver votre capital ou êtes-vous prêt à en consommer progressivement une partie ?

Alors faisons les calculs.


Commençons par la question la plus simple

Vous souhaitez obtenir :

500 € par mois

Cela représente :

6 000 € par an.

Si votre capital produisait théoriquement et régulièrement 2 % nets de frais et de fiscalité :

300 000 € seraient nécessaires.

À 3 % :

200 000 €

À 4 % :

150 000 €

À 5 % :

120 000 €

Mathématiquement, c’est très simple.

Mais attention :

un rendement plus élevé n’arrive généralement pas sans risque supplémentaire.

L’AMF rappelle un principe essentiel : rendement et risque sont indissociables. Il n’existe pas de rendement élevé garanti.


Et pour 1 000 € par mois ?

Besoin annuel :

12 000 €

Avec le même calcul théorique :

à 2 % → 600 000 €

à 3 % → 400 000 €

à 4 % → 300 000 €

à 5 % → 240 000 €


Pour 2 000 € par mois ?

Besoin :

24 000 € par an

Il faudrait théoriquement :

à 2 % → 1 200 000 €

à 3 % → 800 000 €

à 4 % → 600 000 €

à 5 % → 480 000 €


Et pour 3 000 € par mois ?

Soit :

36 000 € par an

Le calcul donne :

à 2 % → 1 800 000 €

à 3 % → 1 200 000 €

à 4 % → 900 000 €

à 5 % → 720 000 €

Cela donne déjà quelques ordres de grandeur.

Mais maintenant, oublions presque ce tableau.

Parce que dans la vraie vie, un patrimoine ne produit pas tranquillement 4 % chaque année pendant trente ans.


Le problème du fameux « 4 % »

On entend parfois :

« Avec 500 000 €, je prends 4 % par an et je peux vivre avec 20 000 €. »

Ce raisonnement peut servir de première approximation.

Mais certainement pas de garantie.

Pourquoi ?

Parce qu’un portefeuille peut faire :

+12 % une année,

-18 % l’année suivante,

+7 % ensuite…

Et cela change énormément de choses lorsque vous effectuez des retraits.


Imaginez deux investisseurs

Pierre et Paul possèdent chacun :

500 000 €

Ils obtiennent, sur plusieurs années, exactement les mêmes performances moyennes.

Mais pas dans le même ordre.

Pierre connaît de très bonnes années au début.

Paul subit deux fortes baisses dès les premières années.

Et tous les deux retirent chaque mois de l’argent pour vivre.

Paul doit alors vendre davantage d’actifs lorsque leur valeur est basse.

Lorsque les marchés remontent, une partie de son capital a déjà disparu.

C’est ce que l’on appelle le risque de séquence des rendements.

Et lorsqu’on commence à vivre de son patrimoine, ce risque devient particulièrement important.


Deux stratégies complètement différentes

C’est ici que je pose une question essentielle à mes clients :

« Voulez-vous vivre des revenus de votre patrimoine ou êtes-vous prêt à consommer progressivement votre patrimoine ? »

Ce n’est absolument pas la même chose.

STRATÉGIE 1 — Préserver le capital

Vous souhaitez percevoir des revenus tout en essayant de conserver votre capital sur le long terme.

La stratégie devra alors rechercher un équilibre entre :

revenus, rendement, inflation et risque.

Le capital nécessaire sera généralement important.

STRATÉGIE 2 — Consommer progressivement le capital

À 65 ou 70 ans, une personne peut parfaitement me dire :

« Je n’ai pas besoin de mourir avec tout mon capital. »

Le raisonnement change complètement.

Une partie du revenu peut alors provenir du rendement…

et une autre du capital lui-même.


Prenons 300 000 €

Imaginons une personne à la retraite disposant de :

300 000 €

Elle souhaite compléter sa pension pendant 25 ans.

Sans aucun rendement et sans fiscalité :

300 000 € ÷ 25 ans =

12 000 € par an

soit :

1 000 € par mois.

Au bout des 25 ans :

capital = 0 €.

Évidemment, c’est un calcul volontairement simplifié.

Mais il permet de comprendre quelque chose de fondamental :

il n’est pas toujours nécessaire de financer ses revenus uniquement avec le rendement.

Le capital lui-même peut avoir une fonction.


Et si le capital continue à travailler ?

Prenons maintenant une hypothèse purement mathématique.

Vous souhaitez retirer :

1 000 € par mois pendant 25 ans

et vous acceptez que le capital soit progressivement consommé.

Avec une hypothèse de rendement réel régulier de l’ordre de 3 % par an, le capital théorique nécessaire se situe autour de :

210 000 €

et non 300 000 €.

Mais attention :

ce calcul suppose un rendement régulier,

ne reproduit pas la volatilité réelle,

n’intègre pas automatiquement toutes les conséquences fiscales,

et suppose que l’objectif est bien de consommer le capital.

Ce n’est donc pas une promesse de rente.

C’est un outil de réflexion.


Alors 500 000 €, ça peut produire combien ?

Voilà la question que beaucoup de personnes veulent réellement poser.

Et la réponse correcte est :

ça dépend de ce que vous voulez faire des 500 000 €.

Voulez-vous :

les conserver intégralement ?

les transmettre ?

les consommer progressivement ?

les faire durer 20 ans ?

30 ans ?

jusqu’à votre décès ?

produire un revenu immédiatement ?

ou commencer les retraits dans dix ans ?

500 000 € n’ont pas la même capacité à produire des revenus pour une personne de 45 ans qui souhaite arrêter de travailler…

et pour une personne de 75 ans qui accepte de consommer progressivement son patrimoine.


L’inflation change également complètement le calcul

Supposons que vous souhaitiez aujourd’hui :

2 000 € par mois.

Avec une inflation moyenne de 2 % par an, conserver exactement 2 000 € de revenu nominal pendant vingt ans ne permettra pas de conserver le même niveau de vie.

Dans vingt ans, pour disposer d’un pouvoir d’achat équivalent à 2 000 € aujourd’hui, il faudrait environ :

2 970 € par mois.

Voilà pourquoi raisonner uniquement en euros est insuffisant.

Il faut raisonner en :

pouvoir d’achat.

L’AMF rappelle d’ailleurs que le rendement réel d’un placement est celui qui tient compte de l’inflation.


Et la fiscalité ?

Elle peut faire une différence considérable.

Imaginez deux placements affichant tous les deux :

5 % de rendement brut.

Si l’un génère immédiatement une fiscalité importante et que l’autre permet de différer ou d’optimiser une partie de cette fiscalité, le revenu réellement disponible peut être différent.

Et selon les solutions utilisées, la fiscalité n’est pas la même :

assurance-vie,

PEA,

compte-titres,

SCPI,

immobilier détenu directement,

PER,

obligations…

Comparer uniquement les rendements bruts n’a donc que peu de sens.

Ce qui m’intéresse davantage est :

combien reste réellement disponible après frais et fiscalité ?


Attention également aux frais

Un rendement brut de 6 % ne signifie pas nécessairement :

6 % dans votre poche.

Il peut y avoir :

les frais des supports,

les frais de l’enveloppe,

les frais de gestion,

la fiscalité,

et l’inflation.

C’est pourquoi je préfère distinguer :

RENDEMENT BRUT

↓

RENDEMENT APRÈS FRAIS

↓

RENDEMENT APRÈS FISCALITÉ

↓

RENDEMENT RÉEL APRÈS INFLATION

C’est ce dernier qui contribue réellement à votre pouvoir d’achat.


Faut-il alors chercher 8 ou 10 % de rendement ?

C’est probablement le piège le plus dangereux.

Quelqu’un possède 300 000 € et souhaite 2 000 € par mois.

Il lui faudrait :

24 000 € par an.

Il fait le calcul :

24 000 ÷ 300 000 =

8 %.

Et il conclut :

« Il me faut donc un placement à 8 %. »

Non.

Le fait d’avoir besoin de 8 % ne signifie absolument pas que le marché est capable de vous fournir 8 % avec un niveau de risque acceptable.

L’AMF le rappelle très clairement :

un potentiel de rendement élevé implique une prise de risque élevée.

Il faut parfois accepter une conclusion moins agréable :

l’objectif de revenu est trop élevé par rapport au capital disponible.


La solution n’est pas forcément UN placement

Autre erreur fréquente :

« Quel placement peut me verser 1 500 € par mois ? »

Je préfère raisonner avec plusieurs compartiments.

COMPARTIMENT 1 — LIQUIDITÉ

Pour les dépenses prochaines et les imprévus.

COMPARTIMENT 2 — REVENUS

Pour contribuer aux besoins réguliers.

COMPARTIMENT 3 — LONG TERME

Pour essayer de préserver le pouvoir d’achat du patrimoine et financer les années plus éloignées.

Cette organisation peut permettre d’éviter de devoir vendre systématiquement des actifs plus volatils au mauvais moment.

Et elle permet surtout de diversifier les risques.

L’AMF rappelle qu’une bonne diversification consiste précisément à associer des placements qui ne se comportent pas tous de la même manière au même moment.


Alors, combien faut-il pour vivre de ses placements ?

Voici finalement la réponse que je donnerais :

Il n’existe pas de chiffre universel.

Mais il existe un calcul à faire.

Commencez par écrire :

REVENU MENSUEL SOUHAITÉ

________ €

Puis :

AUTRES REVENUS

Retraite : ________ €

Loyers : ________ €

Autres : ________ €

Puis :

REVENU QUE LE PATRIMOINE DOIT FOURNIR

________ € / mois

Et ensuite seulement :

Pendant combien d’années ?

Avec ou sans consommation du capital ?

Avec quelle marge de sécurité ?

Quel risque êtes-vous capable d’accepter ?

Quel patrimoine souhaitez-vous transmettre ?

Quelle fiscalité ?

Quelle inflation ?

À partir de là, on peut commencer à construire quelque chose de sérieux.


Le capital n’est pas l’objectif

C’est peut-être finalement la partie la plus importante.

Pourquoi voulez-vous 500 000 € ?

Pourquoi voulez-vous 1 million ?

Un chiffre sur un compte bancaire n’est pas un projet de vie.

Peut-être souhaitez-vous :

arrêter de travailler plus tôt,

passer à mi-temps,

voyager,

aider vos enfants,

compléter votre retraite,

vous protéger contre la dépendance,

ou simplement vous sentir libre.

Dans ce cas, la vraie question n’est peut-être pas :

« Combien faut-il pour être rentier ? »

Mais :

« De combien ai-je besoin chaque mois pour vivre comme je le souhaite, et comment mon patrimoine peut-il contribuer durablement à financer cette vie ? »

C’est à partir de cette question que commence réellement la stratégie patrimoniale.


À propos de l’auteur

Grégoire Brunet – Conseiller en Investissements Financiers

J’accompagne particuliers et familles dans l’organisation de leur patrimoine, leurs investissements, la préparation de leur retraite et la création de revenus complémentaires.

Basé dans les Yvelines (78), j’accompagne également des clients dans l’Eure (27), notamment autour de Vernon, ainsi que partout en France grâce à la visioconférence.

Article à vocation pédagogique. Les taux de rendement utilisés dans les exemples sont des hypothèses mathématiques et non des rendements garantis ou prévisionnels. Les investissements peuvent présenter un risque de perte en capital. Fiscalité, frais, inflation, horizon, profil de risque et situation personnelle doivent être pris en compte avant toute décision d’investissement.