Votre assurance-vie a 10, 15 ou 20 ans : avez-vous déjà fait son contrôle technique ?
« J’ai une assurance-vie depuis 15 ans. »
Très bien.
Mais savez-vous réellement :
combien elle vous a rapporté ?
combien elle vous coûte ?
dans quoi votre argent est investi ?
quel risque vous prenez ?
et surtout… pourquoi vous la détenez encore aujourd’hui ?
Parce qu’avoir une assurance-vie ancienne peut être intéressant.
Mais :
Avoir une vieille assurance-vie ne signifie pas forcément avoir une bonne assurance-vie.
Prenons un exemple
Sophie a 56 ans.
Elle possède une assurance-vie ouverte en 2011.
Valeur actuelle :
145 000 €.
Lorsqu’elle me présente son contrat, sa première remarque est :
« Celle-là, je ne veux surtout pas y toucher. Elle a plus de 8 ans ! »
Je comprends parfaitement son raisonnement.
Mais je lui pose une autre question :
« Quand avez-vous regardé précisément votre contrat pour la dernière fois ? »
Silence.
Comme beaucoup d’épargnants, Sophie regarde de temps en temps le montant total.
Mais elle n’a jamais réellement fait le contrôle technique de son assurance-vie.
Alors faisons-le.
CONTRÔLE N°1 — Pourquoi avez-vous ouvert cette assurance-vie ?
C’est probablement la question la plus importante.
En 2011, Sophie avait 41 ans.
Aujourd’hui, elle en a 56.
En quinze ans :
ses revenus ont évolué,
ses enfants ont grandi,
son patrimoine immobilier a changé,
sa fiscalité a changé,
sa retraite s’est rapprochée,
et ses objectifs patrimoniaux ne sont plus nécessairement les mêmes.
Pourtant, son assurance-vie est restée pratiquement identique.
C’est assez paradoxal.
Nous faisons évoluer notre patrimoine toute notre vie… mais certains contrats restent figés pendant quinze ou vingt ans.
La première question est donc :
À quoi doit servir cet argent aujourd’hui ?
Retraite ?
Transmission ?
Revenus complémentaires ?
Projet dans quelques années ?
Réserve disponible ?
Développement du patrimoine ?
Sans réponse à cette question, impossible de savoir si le contrat est encore correctement organisé.
CONTRÔLE N°2 — Combien votre contrat vous a-t-il réellement rapporté ?
Sophie connaît la valeur actuelle de son assurance-vie.
Mais connaît-elle sa performance ?
Pas vraiment.
Et ce n’est pas exactement la même chose.
Si vous avez effectué plusieurs versements, rachats et arbitrages pendant quinze ans, regarder simplement :
capital actuel – versements initiaux
peut devenir insuffisant pour apprécier correctement votre investissement.
Il faut notamment regarder :
les dates des versements,
les montants investis,
les retraits éventuels,
les performances des supports,
et les frais supportés.
Puis comparer cette performance avec le niveau de risque réellement pris.
Car annoncer :
« Mon contrat a gagné 25 % »
ne veut pas dire grand-chose si l’on ne sait pas :
en combien de temps, avec quel risque et après quels frais.
CONTRÔLE N°3 — Combien payez-vous ?
C’est souvent là que les surprises commencent.
Une assurance-vie peut comporter plusieurs niveaux de frais :
frais sur versement,
frais de gestion du contrat,
frais d’arbitrage,
et, pour les unités de compte, frais propres aux supports d’investissement.
L’AMF rappelle justement qu’il faut comparer les contrats sur leurs frais, car ceux-ci diminuent le rendement final de l’investissement.
Prenons volontairement un exemple simplifié.
100 000 € investis pendant 20 ans.
Imaginons une performance brute constante de 5 % par an.
Avec 1 % de coûts annuels, soit 4 % net de ces coûts :
≈ 219 000 €
Avec 2,5 % de coûts annuels, soit 2,5 % :
≈ 164 000 €
Écart :
environ 55 000 €.
Ce n’est évidemment qu’une simulation mathématique : aucun rendement de 5 % n’est garanti.
Mais elle montre quelque chose d’essentiel :
un petit pourcentage répété pendant vingt ans peut représenter beaucoup d’argent.
CONTRÔLE N°4 — Savez-vous réellement dans quoi vous êtes investi ?
« J’ai une assurance-vie. »
Ce n’est pas une allocation d’actifs.
L’assurance-vie est une enveloppe.
À l’intérieur, on peut trouver :
fonds en euros,
fonds obligataires,
fonds actions,
fonds diversifiés,
supports immobiliers,
ETF lorsqu’ils sont disponibles,
produits structurés,
et de nombreuses autres unités de compte selon les contrats.
Deux personnes possédant chacune 100 000 € en assurance-vie peuvent donc avoir des patrimoines financiers radicalement différents.
L’une peut être essentiellement investie en fonds euros.
L’autre très exposée aux marchés actions.
La première question n’est donc pas :
« Combien avez-vous en assurance-vie ? »
Mais :
« Qu’y a-t-il à l’intérieur ? »
CONTRÔLE N°5 — Quel risque prenez-vous réellement ?
Les unités de compte ne garantissent pas le capital.
L’AMF recommande notamment de consulter le Document d’Informations Clés (DIC), dans lequel figure un indicateur de risque allant de 1 à 7 ainsi que différents scénarios de performance.
Mais je vais plus loin.
Je demande souvent :
« Si votre contrat perdait temporairement 10 %, comment réagiriez-vous ? »
Puis :
« Et 20 % ? »
Parce que le niveau de risque que l’on accepte dans un questionnaire n’est pas toujours celui que l’on supporte lorsque l’on voit réellement son capital diminuer.
Et le risque qui convenait à 40 ans n’est pas nécessairement celui qui convient à 60 ans.
CONTRÔLE N°6 — Vos investissements sont-ils réellement diversifiés ?
Sophie possède trois fonds différents.
Elle pense donc être diversifiée.
Mais imaginons que ces trois fonds possèdent largement les mêmes grandes entreprises américaines.
Elle possède bien trois lignes.
Mais pas forcément trois sources de diversification.
C’est pourquoi un audit ne doit pas simplement compter les supports.
Il faut regarder :
ce qu’ils contiennent réellement,
leur exposition géographique,
leurs secteurs,
leurs classes d’actifs,
leurs risques,
et leurs éventuels doublons.
Diversifier les noms des fonds n’est pas forcément diversifier son patrimoine.
CONTRÔLE N°7 — Votre clause bénéficiaire correspond-elle encore à votre vie ?
C’est probablement l’un des contrôles les plus importants.
Sophie avait rédigé sa clause bénéficiaire lorsqu’elle avait 41 ans.
Mais depuis :
ses enfants sont devenus adultes,
sa situation familiale a évolué,
son patrimoine également.
La clause rédigée quinze ans auparavant correspond-elle encore exactement à ce qu’elle souhaite aujourd’hui ?
ABE Infoservice recommande justement de vérifier la clause en cas d’évolution de la situation familiale et rappelle qu’une rédaction imprécise peut conduire à un résultat différent de celui souhaité.
Divorce.
Remariage.
PACS.
Naissance.
Décès d’un bénéficiaire.
Famille recomposée.
La clause bénéficiaire mérite donc d’être relue régulièrement.
CONTRÔLE N°8 — Et l’avantage fiscal des 8 ans ?
C’est évidemment important.
Après huit ans, l’assurance-vie bénéficie, sous les conditions applicables, d’un régime fiscal spécifique lors des rachats, avec notamment un abattement annuel sur les gains retirés.
Mais attention :
8 ans n’est pas une date magique qui transforme automatiquement un mauvais contrat en bon contrat.
L’ancienneté fiscale constitue un élément de la décision.
Elle ne doit pas être le seul.
Un contrat ancien peut avoir une vraie valeur patrimoniale.
Mais il peut aussi comporter :
des frais élevés,
une offre financière limitée,
une allocation devenue inadaptée,
ou une clause bénéficiaire qui ne correspond plus à la situation familiale.
La bonne décision n’est donc pas automatiquement :
« Je garde parce qu’il a plus de 8 ans. »
Ni :
« Je ferme parce qu’il existe mieux ailleurs. »
Il faut comparer.
Faut-il alors fermer une ancienne assurance-vie ?
Pas forcément.
Et c’est justement là que l’analyse devient intéressante.
Un ancien contrat peut présenter plusieurs avantages qu’il serait dommage d’abandonner sans réflexion :
son antériorité fiscale,
certaines caractéristiques contractuelles,
des garanties particulières,
des supports qui peuvent rester intéressants,
ou simplement une allocation parfaitement adaptée.
On peut aussi parfois :
modifier l’allocation,
effectuer des arbitrages,
adapter les versements futurs,
actualiser la clause bénéficiaire,
ou ouvrir parallèlement un autre contrat sans nécessairement fermer le premier.
Un audit n’a pas pour objectif de remplacer systématiquement ce qui existe.
Il sert d’abord à déterminer ce qui mérite d’être conservé, modifié ou éventuellement remplacé.
Faites le contrôle technique de votre assurance-vie
Prenez votre dernier relevé annuel.
Et essayez de répondre à ces 8 questions :
1. Pourquoi ai-je cette assurance-vie ?
2. Quelle est sa performance réelle depuis l’ouverture ?
3. Combien me coûte-t-elle chaque année ?
4. Dans quoi suis-je réellement investi ?
5. Quel niveau de risque est-ce que je prends ?
6. Suis-je réellement diversifié ?
7. Ma clause bénéficiaire correspond-elle toujours à mes souhaits ?
8. Ce contrat correspond-il encore à mes projets des 10 prochaines années ?
Si vous savez répondre précisément aux huit :
excellent.
Si vous bloquez à la troisième…
cela ne signifie pas que votre assurance-vie est mauvaise.
Cela signifie simplement qu’il est peut-être temps de regarder sous le capot.
Une assurance-vie n’est pas un objet que l’on ouvre puis que l’on oublie
Un contrat peut rester ouvert pendant 10, 20, 30 ans ou davantage.
Pendant ce temps, votre vie évolue.
Votre patrimoine aussi.
Votre contrat devrait donc être régulièrement réinterrogé.
C’est aussi ma conception du métier de conseiller en investissements financiers.
Je ne commence pas nécessairement par chercher un nouveau produit.
Je préfère commencer par regarder :
ce que vous avez déjà.
Parce que parfois, la meilleure décision patrimoniale n’est pas d’investir davantage.
C’est simplement de mieux organiser ce que l’on possède déjà.
À propos de l’auteur
Grégoire Brunet – Conseiller en Investissements Financiers
J’accompagne particuliers et familles dans l’analyse et l’organisation de leur patrimoine, leurs investissements, leur retraite et leur transmission.
Basé dans les Yvelines (78), j’accompagne également des clients dans l’Eure (27), notamment autour de Vernon, ainsi que partout en France grâce à la visioconférence.
Article à vocation pédagogique. Les unités de compte présentent notamment un risque de perte en capital. La pertinence d’un contrat ou d’une allocation dépend de la situation personnelle, des objectifs, de l’horizon d’investissement et du profil de risque de chaque investisseur.